
En 2011, les prix INTÉRIEURS | FERDIE deviennent les GRANDS PRIX DU DESIGN, confirmant leur rôle grandissant au sein de l’industrie du design au Québec. Pour la cinquième édition, le nombre de participants a encore augmenté par rapport à l’année dernière. Ainsi, 103 agences de design et d’architecture ont soumis 186 projets. Pour pouvoir évaluer tous ces projets, il a fallu, pour la première fois depuis la création de ce concours, mettre sur pied deux jurys différents et étaler sur deux jours les délibérations des neuf jurés.
La créativité était encore une fois au rendez-vous. Mais ce qui est sans doute le plus remarquable, c’est que cette créativité n’émanait pas seulement des jeunes designers de la relève, dont certains ont soumis des projets aussi audacieux qu’innovateurs. Les leaders de l’industrie, qui n’ont a priori plus rien à prouver, ont eux aussi accepté de jouer le jeu et d’avoir l’humilité de se mettre sur la sellette en présentant des projets réalisés au Québec ou à l’international.
L’importance des GRANDS PRIX DU DESIGN ne s’est pas simplement traduite par une participation accrue, mais aussi par le soutien manifeste de l’industrie pour ce que ce concours représente. Ainsi, 37 lauréats des années antérieures ont accepté de jouer le rôle d’ambassadeurs des GRANDS PRIX DU DESIGN afin d’en faire la promotion auprès des agences et des entreprises qui évoluent dans l’industrie du design.
Enfin, le prix Hommage souligne cette année le travail remarquable de Marc Cramer, qui, par ses photographies, fait vivre tant de projets d’architecture et de design, que ce soit dans le magazine INTÉRIEURS ou dans d’autres médias. Au-delà de la simple représentation visuelle, Marc sait nous faire ressentir l’esprit, l’âme même d’un bâtiment ou d’un intérieur.
Réussir à valoriser une imposante collection d’art québécois et canadien à l’intérieur d’une œuvre architecturale de haut calibre ; voilà le défi qu’a relevé avec brio la firme Provencher Roy + Associés Architectes avec son récent projet d’extension du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM). « Le pavillon lui-même devient un objet de collection », évoquait Nathalie Bondil, directrice et conservatrice en chef du Musée, lors de l’inauguration publique de cette réalisation sans précédent dans la métropole québécoise.
Le point d’ancrage de ce nouveau pavillon Claire et Marc Bourgie est l’ancienne église néo-romane Erskine and American, située à l’intersection de la rue Sherbrooke Ouest et de l’avenue du Musée. Acquise après de difficiles démarches par l’administration du MBAM en 2008, cet immeuble de pierre taillée, érigé en 1894, constitue l’un des joyaux du patrimoine religieux montréalais, particulièrement de par son extraordinaire collection de vitraux réalisés par la réputée maison américaine Tiffany. Il s’agirait d’ailleurs d’une des plus importantes collections de vitraux Tiffany à l’échelle internationale. Le défi était donc de taille : fusionner cet édifice patrimonial à une nouvelle construction à l’allure résolument contemporaine, tout en assurant une cohérence architecturale avec le contexte urbain éclectique du secteur. Il fallait également sentir le même effet au niveau du design d’intérieur. Résultat : une réalisation cubique, épurée et couverte de marbre blanc qui évoque de façon judicieuse son environnement immédiat.
La force du design de cette nouvelle aile réside indéniablement dans la notion de contraste, exploitée dans l’ensemble du projet. Par exemple, la simplicité de l’enveloppe extérieure aurait pu laisser présager un espace intérieur plus conventionnel ; or, il n’en est rien. Les architectes nous offrent plutôt un environnement déconstruit où les limites de l’espace intérieur deviennent secondaires. Cette déconstruction provoque un dynamisme saisissant, mettant en valeur les variations de volumes d’une salle d’exposition à l’autre. Du côté des matériaux, béton, verre et bois sont agencés dans une série de cinq salles d’exposition superposées. Le visiteur est invité à se laisser guider à travers un parcours vertical couronné d’une verrière qui permet à la lumière naturelle d’inonder le dernier niveau.
Quant à l’église Erskine and American, elle a été habillement convertie en une salle de spectacles pouvant accueillir divers événements culturels et éducatifs. Les attributs historiques et sacrés de l’édifice ont été minutieusement préservés, à côté d’ajouts à saveur plus contemporaine tels les 311 fauteuils individuels en aluminium et en tissus créés par Michel Dallaire, le designer du nouvel emblème montréalais par excellence, le vélo BIXI.
Les réalisations marquantes et audacieuses ne sont guère légion au centre-ville de Montréal ces dernières années. Le MBAM a fait preuve d’audace, de caractère et d’avant-gardisme en se lançant dans ce projet. Le caractère unique du nouveau pavillon Claire et Marc Bourgie a d’ailleurs déjà été souligné avant même son ouverture officielle, obtenant le Prix de l’Institut de développement urbain du Québec et le 2010 Canadian Architect Awards of Merit. Il s’agit là, sans conteste, d’une signature conceptuelle et architecturale extrêmement inspirante pour la métropole.
Rares sont les clients qui demandent à leur architecte ou à leur designer « un espace que les gens jugeront froid ». Et pourtant, telle est la commande qu’a faite à Jean-Maxime Labrecque, d’INPHO, la propriétaire d’un condo désirant « habiter une galerie d’art ».
Pour répondre au minimalisme du projet, on a d’abord évidé l’espace, réduit à ses murs, ses planchers et ses plafonds en béton industriel d’origine. Avec une simplicité sidérante, l’architecte-designer a ensuite conçu un délicat meuble multifonctionnel, entièrement en aluminium brut, qui se dresse au cœur de l’espace. L’utilisation d’aluminium juxtaposé aux poutres en bois crée un intéressant contraste de matériaux qui rend la pièce plus chaleureuse. Telle une sculpture habitable, cet assemblage de modules abrite les diverses commodités de la maison : lit, walk-in, bibliothèque, sofa, comptoir, tabourets, cuisine et rangement. La réalisation de ce mobilier immersif a exigé de résoudre d’impressionnants défis, dont celui de créer un système horizontal de portes coulissantes sans appui au sol. Un corridor d’arches engendre le walk-in, une pièce au sein de la pièce.
Un bloc « technique » de verre contenant les électroménagers et le réservoir à eau chaude met en relief le surprenant panache du grand meuble de l’aire principale. Comme troisième élément architectural, une ancienne chambre forte en béton héberge une salle de bain de dimension restreinte à la finition intérieure de couleur noire. Un miroir pleine hauteur et largeur crée ici une étonnante impression de « grandeur tempérée ».
Impressionné par la cohérence de la réponse de l’architecte-designer à l’aplomb de la commande de la cliente, le jury des GRANDS PRIX DU DESIGN souligne particulièrement la qualité technique exceptionnelle du projet, le caractère international de la mise en espace et la rigueur de l’exécution. Sans prétendre que tout le monde vivra aussi minimalement au 21e siècle, force est d’admettre que Jean-Maxime Labrecque a su traduire une vision plutôt réaliste de l’ère ultra-technologique actuelle et remplir avec brio cet audacieux mandat.
La designer Anne Sophie Goneau étonne le jury par sa sensibilité et sa grande maîtrise de l’espace avec si peu d’années d’expérience. Ses deux projets soumis, Espace Le Moyne et Tuango, témoignent d’une maturité et d’une rigueur qui impressionnent. Le jury ne peut que souligner le talent de cette jeune designer en lui remettant le Prix de la Relève.
L’Espace Le Moyne est le projet de réaménagement d’un rez-de-chaussée et d’un sous-sol de 1 600 pieds carrés situé dans le Vieux-Montréal. C’est avec beaucoup de délicatesse que la designer Anne Sophie Goneau joue avec l’esprit des lieux. Dans son désir rendre hommage à la mémoire architecturale, mais aussi par souci de durabilité, elle a privilégié des matériaux bruts tels la pierre, la brique, l’acier noir er le bois, afin de communiquer le passage du temps qui colore l’environnement de manière unique.
On sent ces éléments qui traversent le tempss autour de la cuisine à aire ouverte, point central de l’espace d’où se déploie d’un côté, la salle à manger, et de l’autre, la salle de séjour. Elle est encadrée de deux colonnes et d’une poutre de soutien en acier, témoins d’un pan d’histoire de ce bâtiment qui fut magasin-entrepôt autour de 1857. Dans un lieu de passage menant à un cabinet de toilette situé au rez de-chaussée, une arche de bois encastrée dans un mur de brique, découverte lors des rénovations, a également été conservée et même magnifiée par un miroir.
Au sous-sol, un heureux mariage de murs blancs et d’espaces épurés met en relief des fragments de l’histoire d’un lieu qui se perpétue. Par exemple, on a délimité l’espace de la chambre au moyen d’un mur de verre afin de préserver la vue sur un mur de pierre. Encore une fois, les matériaux d’origine sont mis en lumière, comme exposés en vitrine. Toutefois, l’Espace Le Moyne demeure un projet empreint de l’esprit de son époque en misant sur de vastes espaces lumineux et de préférence blancs, auxquels le mobilier apporte des touches de couleur. Les salles d’eau, quasi futuristes, mettent en évidence l’aspect fonctionnel aujourd’hui essentiel, la contemporanéité profonde de cette proposition conçue par une designer issue de la relève.
Les GRANDS PRIX DU DESIGN rendent cette année hommage à Marc Cramer, photographe, afin de souligner son travail exceptionnel auprès des designers et des architectes. Marc sait aller au-delà de la simple description visuelle d’un bâtiment pour nous en faire pressentir l’esprit, peut-être même l’âme. Son apport à la profession est incommensurable et, c’est pourquoi aujourd’hui, nous tenons à le souligner en lui remettant ce prix.
Brel l’a dit, rien n’est plus triste que de voir un ami pleurer …ou de voir du quai sa Leica adorée oubliée sur un banc dans le métro. Cramer parle d’amour, comme il parle de caméra et vice-versa. Première peine d’amour : « Nous avions été ensemble 7-8 ans. C’était ma bête, mon amour. Je dormais avec, la portais près du corps, collée à la peau.
Je l’ai laissée sur un banc de métro… je n’ai pas senti la « strap » glisser. Je l’ai vue trop tard quand les portes du wagon se sont refermées. Un drame. Je la pleure encore. Ma Leica, d’amour. Leica ma camera sexy, avec elle on voit toujours l’image, on est toujours en contact avec la personne. »
Et c’était la veille de son départ de la France pour le Canada.
Le grand photographe d’architecture et de design qui nous reçoit dans son lieu de travail n’est ni froid, ni cartésien, ni cérébral. Pas de discours sur la technique, la perspective et les angles. C’est un tourbillon, un derviche tourneur ! Il gesticule, se lève, s’assoit, se relève, rit et oui, pleure. C’est un nerveux, un émotif, un passionné, un amateur de grands frissons.
Un entier. Il se livre, généreux. Nous raconte son parcours invraisemblable, digne d’un livre - qu’il est d’ailleurs à assembler selon la méthode d’ordonnancement Pert… ok, il est peut-être un peu cérébral, mais son sens du design, son appétit de lumière, sa curiosité dévorante en font un personnage attachant.
Ce type n’est pas où on l’attend. Amateur de grande beauté féminine et architecturale, il travaille et habite pourtant depuis toujours sur le boulevard Saint-Laurent - la Main, en face du chic Cinéma L’Amour (Le plus grand écran XXX en Amérique !). Une fois la porte très banale de son loft industriel franchie, on pénètre dans un logis agencé comme un bateau à voile où tout est au poil et pourtant où tout respire. Le mood ? Résolument New York.
Il demeure à deux pas d’un icône Montréalais et il aime les Smoked Meat de sa Main (Our kind of guy!), mais pas les touristiques, les vernaculaires de l’autre côté de la rue. And he likes them Medium Lean, with a Diet Coke please. Attaboy!
No it’s was not …and then again. Né dans le 15e arrondissement à Paris, dès l’âge de trois ans, il déménage en Algérie où il sera élevé par ses grands-parents. Why? Don’t ask… his father wasn’t exactly father knows best… Mais ce papy, autrefois apprenti dans une fabrique d’accordéon, par la suite monteur d’ascenceur chez Otis, l’a élevé de manière juste et aimante et lui a permis de s’épanouir sous le soleil brûlant d’une ville algérienne au nom charmant, Maison Carrée. His grandfather gave him his first Brownie with flash. His very first first Kodak. Here comes the sun… Little Marc shoots hundreds of landscapes. A photographer was born and then some.
Et puis le très jeune Cramer passe à la peinture à l’huile… C’est bien difficile… mais il y excelle et il reproduit avec succès des Monet et des Utrillo. Mais c’est la photo qui demeure son alpha et oméga, et il dira volontiers : « Je suis venu à la photo par la peinture ».
Soooo he comes back to his true love, photography and in one of his many reincarnations, Marc Cramer worked as a set photographer on one of Andy Warhol’s films!! “This was shortly after he was shot in 1968. He paid no attention to me or anyone around him. All he did was sit there and knit, day after day.”
The young man needs money so he does what every photographer dreams of: photograph young beauties in their undies. “Actually it’s hard work, like a war machine” he says while frowning. “You’re up on a perch and you shoot nonstop as 2 assistants hand you munitions. Modulating the light to highlight both the lace and the skin is also a challenge.” « À un moment j’en ai eu marre de photographier de la dentelle. Je n’en pouvais plus de faire rire les filles, mais quand même… respecter la dentelle et dévoiler la peau tout en douceur ce n’est pas rien. Parfois j’y pense lorsque je photographie un building, de respecter le mariage des genres ».
Câline de blues, faut que j’te jouse. Et oui ! Le photographe d’architecture réputé a aussi été photographe pour le groupe rock québécois Offenbach. Long cheveux rouges henné à l’appui et ce sont eux qui l’ont attiré de la France au Québec. Ah… cette voix brisée par l’alcool, les cigarettes et les nuits folles.
Les yeux plissés, avec le sourire du chat satisfait il dit « Je ne vous dévoilerai pas tous mes secrets, mais je suis à l’écoute du building que je photographie. L’architecte voit parfois son édifice de manière unilatérale et moi, selon la lumière et la conversation que j’ai avec son œuvre, je peux lui proposer une vision nouvelle de son projet, souvent plus poétique. Et si d’aventure deux bicyclettes sont posées contre un mur, je les conserve dans la photo. Destin, baraka… je ne sais pas, mais je les garde. Listen darling… They are playing our song!
Association pendant 10 ans de Marc Cramer et Nancy Bergeron dans le design de mobilier « NBMC », ceux-là même qu’Éric Devlin a appelé le lion et la sirène. La même que Cramer appelle sa muse and together they will produce slick and zen furniture sold in Paris, Toronto, Barcelona. A Renaissance man he is!
« Pour Marc Cramer la photographie est autant un art qu’une discipline. C’est une manière de communiquer, d’aller à la rencontre de la beauté du monde, mais c’est aussi une façon de découvrir et de connaître. Voir et montrer l’architecture, c’est une question de regard. Cette sensibilité, accompagnée d’une grande rigueur, est très appréciée des étudiants. » raconte Georges Adamczyk, professeur d’architecture qui a été directeur de l’École d’architecture de l’Université de Montréal là où enseigne Cramer.
« C’est mon compagnon d’armes mais avec la visée reflex, la relation n’est pas fusionnelle comme avec un Leica ». Mariage de raison ? Peut-être… mais la question Hasselblad donne droit à un ballet digne de Noureev, debout les pieds en V, Cramer shoote, regarde, vise, tourne… c’est peut être un mariage de raison mais solide comme le roc. Son Blad, c’est à la vie et à la mort.
Ginette Gadoury avait un rêve “créer un magazine de design et d’architecture dédié aux professionnels du milieu, une interface qui soit le reflet de la créativité d’ici”.
Marc Cramer a reçu la commande de créer le contenu photographique du reportage charnière du premier magazine, portant sur les HEC et d’en créer la couverture.
Stupéfaction et bonheur ! Cette couverture, inspirante, décapante, inusitée reprenait un élément des fauteuils de l’auditorium, invitait les lecteurs à ouvrir les pages du magazine, emportés par la vague de ces dossiers devenus presque magiques.
Ce fut le début d’une collaboration exceptionnelle, tant au niveau des couvertures, (une dizaine) qu’à l'aspect visuel intérieur du magazine, là où Cramer a toujours su intriguer les lecteurs, donner le ton du magazine et livrer des photos d’une qualité technique et esthétique exceptionnelle.
Just what the doctor ordered!
It was the beginning (and still ongoing) of a long love affair and as Gadoury says, gave a soul to the magazine. “Ses images sont mélodieuses” dit-elle with a wistful smile…
Music to our ears…